Les grandes tendances 2015 du numérique

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Depuis 2007, l’Observatoire Netexplo met en lumière les innovations numériques issues du monde entier, en privilégiant l’usage plutôt que la technologie. Netexplo a ainsi découvert Twitter, Shazam, Groupon ou encore Siri. Les tendances 2015 : l’intelligence, qu’elle soit dans la ville, la santé ou bien… artificielle.

Fondé par Thierry Happe, publicitaire passé par Havas, et Martine Bidegain, ex-DRH d’Air France, Netexplo, précédemment Netexplorateur, est un observatoire privé indépendant qui étudie les répercussions du numérique sur la société et les entreprises. Et défriche le monde à la recherche des nouveaux usages du numérique dans toutes ses dimensions : technologique, commerciale, managériale, sociale, sociétale et écologique.

 

La conviction des fondateurs de l’Observatoire Netexplo est double : l’innovation réside davantage dans la transformation des pratiques que dans la technologie nouvelle elle-même ; si la technologie reste pour un certain temps concentrée dans les meilleures universités du monde (MIT, Stanford, Technion…), les usages numériques issus des pays émergents (Inde, Brésil, Chine, Afrique du Sud, Kenya, Chili…) vont, dans un avenir proche, s’imposer comme les nouveaux écosystèmes de l’information, du commerce, de l’écologie ou de la solidarité.

 

Avec son réseau mondial de captation de l’innovation numérique constitué d’une vingtaine de grandes universités américaines, asiatiques, africaines et européennes ainsi que d’un groupe d’experts internationaux présidé par Joël de Rosnay, Netexplo présente chaque année un palmarès des 100 initiatives numériques mondiales les plus prometteuses et élit dix lauréats de l’année – et un Grand Prix – qui interviennent au Forum Netexplo à Paris, en partenariat avec l’Unesco. Cette année, le jury a distingué un sparadrap qui transforme la chaleur du corps en électricité et permet de recharger de petits appareils électroniques : le projet Wearable Thermo-Element du professeur Byung Jin Cho de l’Institut supérieur coréen des sciences et technologies (Kaist).

 

Les neuf autres lauréats sont Kappo (Chili), une application pour les cyclistes qui transmettent leurs données afin de faire de Santiago une ville mieux adaptée au vélo ; Rainforest Connection (États-Unis), qui place des smartphones recyclés sur les arbres des forêts primaires pour détecter leur abattage illégal dans un rayon d’un kilomètre ; WoeLab 3D-printer (Togo), une imprimante 3D à bas coût fabriquée à partir de déchets informatiques et électroniques, primée par la Nasa ; Baidu Kuai Sou (Chine), des baguettes connectées pour détecter la présence d’huile contaminée dans les aliments, une pratique très courante en Chine ; Scio (Israël), un mini-spectromètre relié à un smartphone capable de décrypter la composition moléculaire d’un aliment ou d’une boisson (voir encadré ci-contre sur les scanners alimentaires) ; Sense Ebola Followup (Nigéria), une application pour mobiles qui permet un suivi en temps réel de l’épidémie grâce à des données géolocalisées ; Branching Minds (États-Unis), un outil destiné aux enseignants et aux parents qui détecte les difficultés des élèves avant qu’elles ne soient trop difficiles à corriger ; PhotoMath (Croatie), une application gratuite pour photographier une équation et en donner la solution, et surtout la méthode pour la trouver ; Slack (États-Unis), une messagerie unifiée (courrier électronique, vidéo type Skype, réseaux sociaux, partage de fichiers) pour faciliter le travail collaboratif.

 

Extension du domaine de l’intelligence

 

Outre les dix lauréats, d’autres inventions issues de la sphère numérique ont été présentées au forum par Julien Lévy, professeur à HEC et auteur de l’étude annuelle sur les tendances, «Netexplo Trends Report». La tendance phare de l’année est la smart city (ville intelligente) qui regroupe les outils numériques visant à faciliter la vie des urbains. Parmi les découvertes Netexplo 2015, présentées à l’Unesco début février, on trouve ainsi l’application de réalité virtuelle NoAd (États-Unis), qui transforme les affiches publicitaires du métro de New York en oeuvres d’art. Pas sûr que les responsables marketing apprécient, mais cette application ravira les nombreux passants dérangés par l’hypertrophie publicitaire.

 

Avec le mobilier urbain connecté BlocParc 3.0 (France), c’est la municipalité qui diffuse des informations géolocalisées sur les smartphones des administrés via NFC, iBeacon ou QR Code. Dans le même esprit, SmartWalk (États-Unis) projette sur les murs ou les trottoirs des informations concernant les transports en commun et le déplacement multimodal. Encore plus ciblée, Local.app (Allemagne) télécharge automatiquement les applications des magasins ou cafés dans lesquels on entre. Deuxième tendance forte détectée par les capteurs du réseau Netexplo, la « smart safe exploration» (exploration intelligente et sûre) ou comment le numérique devient une bulle qui nous protège du monde extérieur. Le drone bracelet Nixie (États-Unis) peut s’envoler pour nous filmer ou nous prendre en photo et revenir sur notre poignet.

 

Quant au braincontrolled drone de l’université du Minnesota (États-Unis), il se pilote, comme son nom l’indique, grâce aux ondes cérébrales. Une avancée majeure pour les personnes handicapées, mais aussi pour les militaires qui ne manqueront pas de s’y intéresser. Think Dirty (Canada) est dans la mouvance du Scio et des autres spectromètres portables, puisqu’il renseigne sur la présence de plus de 68 000 molécules plus ou moins dangereuses présentes dans les cosmétiques. Toujours dans l’optique d’un numérique qui protège, le projet Programmable Automotive Headlights (États-Unis) rend les phares des voitures intelligents pour s’adapter aux conditions météorologiques et avertir le conducteur des dangers de la route. Harken (Espagne) permet d’appeler les secours en cas de situation critique grâce aux capteurs insérés dans la ceinture de sécurité. Les émetteurs Grillo (Mexique) peuvent alerter sur l’imminence d’un séisme à Mexico deux minutes avant l’événement, et ainsi sauver des vies dans un pays hautement sismique. Quant à SickWeather (États-Unis), il analyse les réseaux sociaux et prévient les épidémies en envoyant des alertes.

 

Des progrès tous azimuts… inquiétants ?

 

Troisième grande tendance : le retour de l’empathie, avec l’irruption de «mentors numériques». Mana.bo (Japon) est une application de soutien scolaire au prix très abordable, dans un pays où les offres de tutorat, souvent onéreuses, représentent un marché de 10 milliards de dollars. Les Cheers (États-Unis) sont des faux glaçons munis d’un détecteur d’alcool et d’une diode qui s’allume lorsque la dose dangereuse est dépassée. Avec le Natalia Project (Suède), la communauté protège les défenseurs des droits de l’homme grâce à un bracelet et son GPS intégré. Si le porteur est en danger, il tire dessus et envoie une alerte au QG de l’ONG Civil Rights Defenders à Stockholm. Avec Iodine (États-Unis), la foule peut aider les malades, puisque les 100 000 patients de la base donnent leur ressenti sur les traitements médicaux. Plus tendancieuse, l’application CrowdPilot (États-Unis) permet à une tierce personne d’écouter vos conversations téléphoniques et d’envoyer des SMS pour vous coacher.

 

Jusqu’où irons-nous dans la transparence que permettent ces nouveaux outils numériques ? Lors de son discours de réception du prix Nobel, Patrick Modiano a rappelé que « les réseaux sociaux entament la part d’intimité et de secret de nos vies». L’irruption annoncée de l’intelligence artificielle ne va rien arranger sur ce terrain. Ainsi, l’application CrowdEmotion (Royaume-Uni) mélange intelligence artificielle et reconnaissance faciale pour analyser les émotions d’un bébé. En attendant, celles des adultes… Thync (États-Unis) est un casque issu des neurosciences qui peut modifier notre humeur via les ondes électriques. Moins effrayant et plus doux, la couveuse connectée Babybe (Chili) capte la chaleur et les émotions des mères pour les transmettre aux bébés prématurés.

Étrange et fascinante à la fois, The Machine To Be Another (Espagne), imaginée par le collectif d’artiste BeAnotherLab, utilise les lunettes de réalité virtuelle Oculus Rift pour nous faire éprouver les sensations d’une autre personne. Les possibilités offertes par l’univers numérique semblent sans fin. Concernant plus spécifiquement l’intelligence artificielle, serat-elle un outil d’amélioration des individus ou se substituera-t-elle aux humains ? Grâce, entre autres vigies, à Netexplo, on ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus.